Agent ou modèle d'IA : ce que le notaire doit savoir
Un modèle répond, un agent agit. La différence change ce qu'il faut vérifier : ce que l'outil fait en votre nom, ce qu'il dépense, comment ses erreurs se propagent et ce qui reste sous votre responsabilité.
À lire avant. Ce guide explique des notions générales. Il ne constitue pas un avis juridique et ne remplace pas les normes de la Chambre des notaires du Québec.
« Agent » est devenu le mot à la mode des logiciels d'intelligence artificielle. Derrière l'étiquette se trouve une vraie différence de nature avec les assistants comme ChatGPT, Claude ou Gemini. Pour un notaire, elle change surtout ce qu'il faut vérifier avant de faire confiance à l'outil.
Un modèle répond, un agent agit
Un modèle d'IA reçoit un texte et produit une réponse. Il travaille uniquement sur ce que vous lui donnez et sur ce qu'il a appris pendant son entraînement. Demandez-lui ce qu'est la période de 30 ans d'une recherche de titres : il l'explique. Demandez-lui qui est propriétaire du lot 4 523 888 : il ne le sait pas, et s'il répond quand même, il invente.
Un agent est un modèle à qui l'on a donné des outils et une mission. Il décide lui-même de l'étape suivante, utilise ses outils, lit le résultat, puis recommence jusqu'à ce que la mission soit remplie. Les outils peuvent être un navigateur, l'accès à un registre, un téléchargement ou un courriel.
Prenons une recherche de titres. Un agent peut :
- se connecter au registre foncier avec vos accès ;
- ouvrir l'index des immeubles du lot visé ;
- retenir les actes qui comptent pour la période demandée ;
- les télécharger et les lire ;
- constater que le lot provient d'une rénovation cadastrale, et remonter à l'ancien lot ;
- recommencer jusqu'à couvrir la période.
Aucune de ces étapes n'a été dictée une à une : l'agent a enchaîné les décisions. C'est ce qui fait sa valeur. Il fait en quelques minutes un travail de plusieurs heures. Et c'est ce qui appelle de nouvelles précautions.
| Modèle (assistant) | Agent | |
|---|---|---|
| Point de départ | Votre question et vos documents | Une mission (« recherche sur ce lot, 30 ans ») |
| Accès au monde extérieur | Aucun, ou une recherche Web | Des outils : registre, téléchargements, etc. |
| Qui décide des étapes | Vous, question après question | L'agent, dans les limites qu'on lui fixe |
| Dépenses possibles | Votre abonnement | Celles des services qu'il utilise en votre nom |
| Ce qu'il faut vérifier | La réponse | La réponse et le chemin pour y arriver |
Cinq points à vérifier avant de laisser un agent agir pour vous
1. Ce qu'il fait en votre nom, et ce que ça coûte
Un agent qui consulte le registre foncier utilise vos identifiants, et chaque consultation est facturée à votre compte. Avant de lancer, vous devez savoir :
- quelles actions il peut faire, et lesquelles il ne fera jamais ;
- ce que chaque action coûte, et comment le total vous est montré pendant le travail ;
- comment l'arrêter : un bouton d'annulation qui arrête vraiment les dépenses, sans attendre la fin d'une longue étape.
2. La traçabilité : pouvoir refaire le chemin
Avec un modèle, vous voyez la question et la réponse. Avec un agent, il s'est passé des dizaines d'étapes entre les deux. Un bon agent tient un journal : ce qu'il a consulté, ce qu'il a retenu, ce qu'il a écarté et pourquoi, ce qu'il a payé. Sans ce journal, vous ne pouvez ni vérifier son travail ni l'expliquer à un client ou à un syndic.
3. Les erreurs qui se propagent
L'erreur d'un modèle reste dans sa réponse. L'erreur d'un agent peut orienter toute la suite. Un numéro d'inscription mal lu sur un index manuscrit fait télécharger le mauvais acte. Si l'agent continue sur cette base, toute la chaîne de titres repose sur une lecture fausse.
Demandez comment l'outil se protège : vérifie-t-il que l'acte téléchargé concerne bien le lot examiné ? S'arrête-t-il quand une lecture est douteuse ? Vous signale-t-il ses incertitudes, ou les cache-t-il sous une réponse bien présentée ?
4. La validation humaine reste obligatoire
Un agent prépare un dossier ; il ne conclut pas. Le notaire qui signe une opinion sur les titres en porte la responsabilité professionnelle, quel que soit l'outil utilisé. L'agent doit donc rendre son travail vérifiable : pièces jointes au dossier, sources citées, accès aux documents originaux. Il doit aussi laisser la décision finale à quelqu'un qui peut en répondre.
5. La confidentialité s'élargit
Un agent voit plus de données qu'un assistant : il manipule vos accès, télécharge des documents et transmet parfois des pièces à plusieurs services, par exemple un modèle de lecture pour les documents numérisés. Chacun de ces services est un destinataire au sens de la Loi 25. Demandez la liste complète, et ce que chacun reçoit.
Les questions à poser au fournisseur d'un agent
- Quelles actions l'agent fait-il en mon nom, avec quels accès ?
- Comment les coûts me sont-ils montrés, et comment puis-je tout arrêter ?
- Puis-je consulter le journal complet de chaque tâche ?
- Que fait l'agent quand une lecture est incertaine : il continue, il s'arrête ou il me prévient ?
- Les documents originaux sont-ils joints, pour que je vérifie moi-même ?
- Quels services reçoivent mes documents, et où sont-ils situés ?
En résumé
Un modèle est un interlocuteur : on juge sa réponse. Un agent est un exécutant : on juge sa réponse, son chemin, ses dépenses et ses garde-fous. Bien encadré, un agent fait gagner un temps considérable sur des tâches répétitives comme la recherche de titres. Mal encadré, il dépense, se trompe et enchaîne les erreurs sans que personne ne le voie.
Pour le choix d'un assistant généraliste, voir ChatGPT, Claude ou Gemini : le guide du notaire.